Le silence ne sera qu'un souvenir - Laurence Vilaine

Publié le par Plume

                                                              

silence souvenir

 

Edition : Gaïa

Parution : Août 2011

 

Le vieux Mikluš se déciderait-il à parler  ? Rongé par le remords d’avoir gardé le silence, il s’en remet à un journaliste venu à l’occasion des vingt ans de la chute du Mur de Berlin, et raconte les siens, cette communauté rom installée sur une rive slovaque du Danube.

Dilino est le souffre-douleur de la bande, parce qu’il est différent avec son air de gadjo. Il ignore qui est cette femme qui s’occupe parfois de lui. «  La Vieille  » s’appelait Chnepki et avait une voix d’ange. Elle fut brisée en plein vol un matin de 1942 et réduite au silence des années durant. Jusqu’au jour où apparut Lubko, le sculpteur de marionnettes qui jouait du violon comme un Tsigane.

À l’heure où de plus en plus de crânes rasés tapissent la ville de croix gammées, Mikluš éclaire ces existences opprimées, révèle les non-dits. Et balaie les étiquettes pour laisser surgir les visages.

 

 

 

 

 

                                                                                       Challenge 1%                challenge-rentrée-littéraire-2011

 

Europe de l’Est, 2009.

Au passage d’un journaliste, le vieux Miklùs se dévoile enfin. Il raconte une partie de l’histoire de son peuple, les Roms, ainsi que ce qu’il a sur le cœur et sur la conscience depuis de longues années.


« …s’il suffisait de glisser un erratum à la dernière page de sa vie pour se réconcilier avec elle, ça se saurait. »


Il revient d’abord sur le passé et nous livre l’histoire de Chnepki, surnommée du nom d’un petit oiseau chanteur,  cette belle jeune fille à la voix d’or, brisée une première fois en pleine adolescence lorsque son chemin croise celui de quatre soldats allemands en 1942. 

Quelques années plus tard c’est Lubko, un gadjo qui joue de violon comme un Rom, sculpteur de marionnettes, qui saura tirer Chnepki de sa prostration muette et lui redonner le sourire avant de faire d’elle sa femme. Ils auront une petite fille, Maruska avant que Chnepki ne sombre dans la folie, anéantissant Lubko qui s’enfuira avec la fillette et l’élèvera seul.

Fillette, belle comme sa mère, sculpteur comme son père, dont le chemin sera lui aussi assez tortueux.


« Une farce que le bonheur, il n’est finalement jamais là où l’on est. »


 Quant au vieux Miklùs, il veillera sur Adamko, un enfant mi-gadjo mi-rom qui lui a été confié. Malgré son talent de violoniste, ce dernier n’est que toléré et plutôt maltraité par les autres enfants et adolescents de la communauté qui l’héberge.

Frêle et solitaire, les liens dévoilés au fil des pages nous feront comprendre le pourquoi du silence de Miklùs et ce qui le décide à parler aujourd’hui.


« Mais j’étais aussi gonflé de certitudes que je le suis aujourd’hui de remords. Et pire encore, j’étais fier de moi comme un paon. »


Pour que l’on sache enfin la vérité, pour que l’histoire continue sur une note que chaque lecteur pourra écrire, pour terminer ce roman sur une note d’espérance s’il le souhaite…car l’Histoire, elle, s’écrit chaque jour.


Une très jolie lecture que ce roman délicat, triste, poignant, parfois doux et parfois violent.

Un style de narration particulier où entre chaque page, l’auteur sait nous livrer ces vies comme des contes, tout en ancrant suffisamment de réalité pour les raccrocher à la vérité, laissant filtrer dans ses propos une colère sourde en même temps qu’une tendresse infinie. Un livre pour lever certains préjugés et entrer au cœur de la détresse d’un peuple et d’êtres humains qui ont désormais un visage, une voix, une histoire.

Un texte qui aide à se rendre compte qu’amalgamer et juger trop rapidement, c’est aussi faire du racisme.

Rien n’est dit comme cela bien sûr, mais tout est sous-entendu dans la finesse de l’écriture.

Publié dans Lectures

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