Les heures souterraines - Delphine de Vigan

Publié le par Plume

heures souterraines

 

Edition : Jean-Claude Lattès

Parution : Mars 2009   (Mars 2011 pour le livre de poche)

 

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d’une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d’un monde privé de douceur, où l’on risque de se perdre, sans aucun bruit.

 

 

Mon impression :       

 

Un très beau roman qui ne peut laisser indifférent et qui devrait être lu par tous !

Delphine de Vigan y décortique les violences psychologiques qui, sournoisement mais très sûrement, surgissent au travail, et ce, de plus en plus souvent, hélas...  en entreprise avec Mathilde puis dans le quotidien de Thibault médecin urgentiste à Paris.

L'auteur nous montre au travers eux le découragement, l'épuisement moral et physique. Pour Mathilde c'est la honte de ceux qui ne savent pas résister, les non-dits, les yeux des collègues qui se baissent, le silence, la solitude et l'heure du choix, inévitable, même si ce n'est pas celui qu'il faudrait faire... manque de caractère, de force ? Non, mais c'est pourtant ce que l'entourage sous-entend.

Que dire de ceux qui provoquent cet épuisement par des attaques vicieuses, ces pervers narcissiques qui ont tout pouvoir tant qu'ils obtiennent des résultats, qu'ils tiennent leurs objectifs (à quel prix et/ou sur le dos de qui ?) ? Certes ils sont "force de proposition", proactif, etc...  Où est la dignité quand seuls les résultats comptent, au détriment de l'humain ? Cela existe dans beaucoup trop de sociétés à l'heure actuelle, à tous niveaux : du cadre à l'employé, mais on le cache, on a peur, on a honte parce que tout est mis en place pour que celui qui subit se sente responsable, qu'il sache que cela vient de lui, de sa perception personnelle. Aux autres on laisse entendre que ceux qui ne résistent pas, c'est parce qu'ils ne savent pas s'adapter, que se sont des perdants.

Il faut savoir accepter, subir, et surtout, fermer sa g.... !


Thibault quant à lui sillonne Paris, de domicile en domicile : du bureau du cadre qui l'appelle pour guérir vite, là, tout de suite, d'une angine (comment ça pas d'antibiotiques ? je n'ai pas de temps pour être malade, moi !) à l'appartement d'une personne âgée qui n'est pas sortie de chez elle depuis trop longtemps, qui n'a plus rien dans son frigo ni dans ses placards, dont l'appartement est sale, parce qu'elle n'a plus le courage, parce qu'elle est seule, parce que son fils n'habite même plus en France.... ou encore cette femme dont le mari, déprimé, s'est enfermé dans la salle de bain et menace de se suicider...


Le constat est amer, et l'observation juste. Trop juste pour qu'elle ne soit pas triste.

Que cela trouve écho en chacun de nous, car nous avons tous une possibilité, à notre niveau, de dire "non" au trop c'est trop !

L'addition de petits "non", au quotidien, peut enfler pour finir par déboucher sur un changement...



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