D'acier - Silvia Avallone

Publié le par Plume

d acier

Edition : Liana Levi

Parution : Avril 2011


Ce roman social suit deux amies italiennes, Anna et Francesca, treize et quatorze ans, vivant dans des HLM construits en bordure de mer à Piombino en Toscane.

Les deux jeunes filles supportent, grâce à leur relation, un contexte social et familial étouffant, marqué par le chômage que provoque le déclin de l'aciérie locale et l'oppression masculine sur les femmes.


 

 

Sous le soleil de plomb de  la Toscane, dans la ville ouvrière de Piombino, Francesca et Anna, amies depuis leur plus jeune âge, tentent d’apprivoiser la vie. Elles découvrent leurs corps, leurs émotions, leurs sentiments, le pouvoir qu’elles ont sur les garçons et les hommes.

Si leur cité longe la côte et que  la vue donne sur la mer, sur la magnifique île d’Elbe qui semble leur faire de l’œil, aguicheuse et touristique, les nargue à la fois proche et inaccessible, c’est à peu près la seule chose qui les fait tenir au quotidien,  quand la chaleur est accablante et qu’il n’y a, à proprement parler, pas d’autre avenir, sauf peut-être pour les quelques exceptions qui feront des études.


Elles sont jeunes, espiègles, fraîches, jolies ; elles ont envie d’aimer, elles ont envie de vivre. Elles croient en elles, espèrent  même si quelque part, elles ne se font pas beaucoup d’illusions :


« Ça veut dire quoi, grandir dans un ensemble de quatre barres d’immeubles d’où tombent des morceaux de balcon et d’amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent ? Quel genre d’idée tu te fais de la vie, dans un endroit où il est normal de ne pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter de journaux, de ne pas lire de livres, où la question ne se pose même pas ? »


 Francesca et Anna seront confrontées rapidement à des réalités qui les dépassent :


 -  Les pères, frères, amis,  tous les hommes en âge de travailler qui sont plongés dans l’enfer de l’aciérie. Cette Lucchini toute puissante qui fait suer et trimer les hommes dans des conditions extrêmes et qui ferme malgré tout ses fours au fur et à mesure, délocalisant sa production.


- Ces hommes qui paradent, boivent, trafiquent, interdisent, cognent pour asseoir leur pouvoir mâle quand bien même ils ignorent qu’ils n’ont plus les moyens d’être macho : le monde bouge, les filles veulent plus : voir le monde, s’instruire, travailler…


-  Les femmes, mères parfois dès 15 ou 16 ans, accablées par les hommes, par le manque d’argent, corvéables à merci, chargée des enfants, de l’éducation, du ménage…


- Les rêves de gloire, partir,  s’en aller, s’en sortir…


- Les mirages de l’argent facile qui se gagne par la drogue, le sexe…


- Leur amitié qu’elle croyait indéfectible, qui devient ambigüe, plus difficile au fur et à mesure des événements, tout en se révélant  indispensable.

 

Ce n’est pas un roman du siècle passé, il se déroule bel et bien en 2001, dans un coin d’Italie miséreuse sous sa chape de beauté, où les habitants se sentent oubliés de tous :


« Les obligations légales, les décrets du gouvernement ne suffisent pas à changer la réalité. »


C’est un roman dramatique, poignant et lucide que l’on prend de plein fouet, mais aussi en plein cœur.

C’est d’un effet dévastateur pour ces deux gamines comme pour leur entourage mais aussi, pour le lecteur.

 

 

 

Lire aussi l'avis d'Yv sur ce roman.

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Yv 10/09/2011 10:34


J'ai quelques réserves de maladresses, de clichés, même si l'histoire est bien vue et les personnages attachants (pour les jeunes filles ) et rudes (pour les hommes). L'auteure, que j'ai rencontrée
est charmante !


Plume 10/09/2011 14:30



Certes, il y a quelques petits défauts inhérents aux premiers romans... mais l'histoire en elle-même vaut la peine.


Que l'auteur soit une charmante jeune femme, tant mieux ! Au travers de ses écrits, on la sent déjà attentive et chaleureuse !